Déterminer la valeur d'une entreprise

Un article de Wikipractice.

Sommaire

Introduction

Les difficultés financières, la mauvaise gestion, les problèmes de relations ouvrières, la mésentente entre les actionnaires, le désir d'agrandir un marché, d'augmenter son capital et bien d'autres raisons conditionnent les décisions d'acheter ou de vendre une entreprise.

Définition de la valeur d'une entreprise

Définir la valeur d'une entreprise ne signifie pas uniquement définir la valeur de l'immeuble où elle réside ou d'un ordinateur qu'elle possède, mais plutôt la valeur d'un ensemble de biens tangibles et intangibles qui font sa raison d'être.

Une entreprise, c'est un ensemble de produits, de services, de clients, de personnes, de façons de faire, d'équipements, de bâtisses, un environnement où elle évolue et qui influence sa performance, un milieu où l'on retrouve des concurrents, des opportunités de toutes sortes mais aussi des contraintes et des menaces.

La valeur d'une entreprise ne correspond pas uniquement à la valeur de ses actifs mais aussi à celle des bénéfices générés par ses actifs. En d'autres mots, un actif qui n'a aucune utilité, qui ne produit aucun bénéfice, n'a pas une grande valeur. À moins qu'un acheteur éventuel y trouve une nouvelle vocation.

Acheter ou vendre une entreprise, c'est acheter ou vendre une capacité de générer des bénéfices.

Méthode d'évaluation

Pour acheter ou pour vendre une entreprise, il est très important d'en connaître le juste prix c'est-à-dire le prix d'achat qu'il est possible de payer et qui assure un retour sur investissement en fonction du risque prévu ou le prix de vente qui permet d'attirer des acheteurs éventuels sans être obligé de donner l'entreprise.

Pour connaître le juste prix d'une entreprise, il faut utiliser une méthode adéquate. Le directeur d'une entreprise et le financier qui a une décision importante à prendre dont les conséquences se répercuteront sur plusieurs années, ont besoin d'une méthode sûre.

Pour déterminer la valeur d'une entreprise, la méthode adéquate sera celle qui considère les principaux facteurs reliés à la valeur d'une entreprise, qui détermine un montant ne représentant pas un risque trop grand et qui produit un rendement satisfaisant.

Dans le passé, lorsque les conditions économiques étaient plus stables et leurs conséquences minimes sur les dépenses d'investissement, lorsque les bénéfices et les coûts étaient plus facilement prévisibles, nous pouvions utiliser des méthodes simples et rapides pour déterminer la valeur d'une entreprise. Nous pouvions utiliser un facteur tel que dix fois les bénéfices et le tour était joué.

Aujourd'hui, avec des conditions plus turbulentes, nous ne pouvons plus utiliser des méthodes simples et rapides. Si nous le faisons, nous obtiendrons des valeurs approximatives qui ne produiront pas les rendements attendus ou tout simplement qui ne pourront intéresser aucun acheteur.

Aujourd'hui, une méthode adéquate pour déterminer la valeur d'une entreprise est celle qui tient compte des trois composantes suivantes : 1) les bénéfices; 2) le taux de rendement; 3) la durée économique.

Chaque composante est très importante. La définition exacte, la compréhension complète et l'utilisation à bon escient de chacune déterminera le montant de la valeur d'une entreprise.

Les bénéfices

Quels bénéfices utiliser ? Les bénéfices nets ? Les bénéfices bruts ? Les bénéfices passés ?

Si nous nous mettons à la place d'un investisseur et que nous désirons investir, nous sommes intéressés par les bénéfices futurs qui découleront de notre investissement. Ce qui nous intéresse c'est le futur, c'est la capacité de notre investissement à générer des bénéfices durant une certaine période. En se basant sur les années antérieures et sur les prévisions, les bénéfices sont-ils croissants, stables ou décroissants ?

Normalement, une entreprise en croissance vaut plus qu'une entreprise qui décroît. Si la croissance de l'entreprise (ou la décroissance) est importante, ce facteur doit être étudié plus en détail dans l'évaluation du risque.

De plus, ce qui nous intéresse, c'est l'argent liquide (le cash flow), les bénéfices d'opération qui sont produits par l'investissement et non les écritures comptables. Les bénéfices nets après impôt sont des bénéfices comptables qui sont établis après déduction de certaines dépenses qui ne sont pas des déboursés, telles l'amortissement. L'amortissement sera donc exclu pour calculer les bénéfices prévus.

Les intérêts de financement seront aussi exclus car nous désirons connaître les bénéfices d'opération (la profitabilité réelle d'un investissement).

Les bénéfices seront donc les bénéfices prévus avant intérêt et amortissement. Ces bénéfices devront refléter le plus exactement possible les bénéfices d'opération de l'entreprise.

Ces bénéfices seront exprimés sur une base annuelle, en dollars constants (sans inflation) et devront être normaux, c'est-à-dire exclure les autres revenus qui ne découlent pas des opérations normales d'entreprise, ainsi que les dépenses extraordinaires, et tenir compte des changements prévus dans la structure des revenus et dans celle des dépenses.

Le taux de rendement

Le taux de rendement est une des composantes les plus importantes car une différence de 1 % dans le taux peut produire une différence de plusieurs milliers de dollars dans le montant de la valeur de l'entreprise.

Quel taux utiliser ? Sur quelle base s'appuyer ? Il existe plusieurs théories sur ce sujet. Chacune a ses avantages mais chacune comporte son caractère abstrait qui empêche d'en faire une utilisation efficace.

Taux de base

Pour remédier à cette situation et tout en se basant sur les théories existantes, notre méthode considère comme taux de base le taux de financement de l'investissement. Étant donné que l'achat d'une entreprise sera financé, le taux de financement est un taux de base sécuritaire et facilement identifiable.

Taux de risque

À ce taux de base, nous ajoutons un taux de risque variant selon la nature et les conditions de l'entreprise. Plus l'entreprise en question représentera un risque quelconque dans la réalisation des bénéfices prévus, plus le taux de risque sera élevé. Mais, comment évaluer ce risque ?

Acheter une entreprise, c'est acheter une incertitude (à cause des données futures, de la nature de l'entreprise et de son environnement). Et, lorsque nous parlons d'incertitude, nous parlons nécessairement de risque.

De plus, acheter une entreprise représente toujours un risque dû au fait qu'il y a toujours des imprévus, c'est-à-dire que les résultats diffèrent souvent des prévisions, que l'évolution de l'entreprise et celle de son environnement sont souvent différentes de notre évaluation.

Étant donné l'importance du taux de rendement, il s'avèrera nécessaire, afin de mieux évaluer le risque, de le décomposer en plusieurs facteurs sur lesquels nous porterons un jugement individuel.

Facteurs de risque

Les facteurs pouvant mesurer le risque sont les suivants :

  1. Les conditions économiques reliées à l'entreprise.
  2. La nature de la clientèle.
  3. L'importance de la concurrence.
  4. La nature des produits et/ou des services.
  5. Le personnel.
  6. La gérance.
  7. Les méthodes de travail.
  8. L'état des ressources physiques.
  9. La situation financière passée.
  10. Le taux de croissance de l'entreprise.

Chaque facteur sera évalué à l'aide d'un pointage de 1 à 10, 10 représentant le niveau de risque le plus élevé. S'il arrivait que l'évaluation de certains facteurs soit supérieure à 8, il serait préférable d'accorder plus d'importance à ces facteurs.

Le taux de risque peut varier en fonction du cycle économique comme le démontre le graphique ci-dessous.

Table de conversion

Le total des points sera, par la suite, converti en un taux de risque selon la table suivante :

Points %
100 12
80 6
60 3
40 2
20 1
0 0


Cette table de conversion est présentée à titre d'exemple. Elle peut être modifiée selon les particularités de l'entreprise.

Le taux de risque est ajouté au taux de base en vue d'obtenir un taux limite de rendement qui servira à établir le montant maximum de la valeur de l'entreprise.

La durée économique

La durée économique est la période de temps durant laquelle nous sommes prêts à assumer un certain risque découlant d'un investissement.

Pendant combien d'années les bénéfices prévus se réaliseront-ils ? La durée choisie sera celle où, au-delà d'une certaine période, l'incertitude est trop grande concernant la réalisation des bénéfices prévus. Mais quelle durée prendre ?

Il est à noter que plus la durée s'allonge, plus l'incertitude augmente. Plus un montant est éloigné dans le futur, moins son importance est grande lorsque l'on tient compte de l'actualisation de ce montant.

Pour l'entreprise comme pour le prêteur de fonds, la période critique est la période de financement, c'est-à-dire la période durant laquelle l'entreprise doit payer ses termes financiers découlant de son investissement. Un prêteur de fonds ne prêtera pas de l'argent au-delà d'une période où l'incertitude serait trop grande.

La période de financement devient donc une base sécuritaire pour déterminer la valeur d'une entreprise.

Détermination de la valeur d'une entreprise

Les trois composantes étant définies, il ne reste plus qu'à les employer pour déterminer la valeur de l'entreprise.

La méthode consiste à traduire les données des trois composantes à l'aide de facteurs d'actualisation cumulative ou d'une calculatrice financière ou d'un ordinateur.

À la valeur totale obtenue, nous devons ajouter toutes les autres valeurs d'actif qui génèrent des bénéfices autres que d'opération et qui seront évalués en fonction de leurs bénéfices propres.

Exemple

Supposons que les bénéfices normaux prévus avant intérêt et amortissement sont de 1 000 000 $ par année. Le taux de rendement a été évalué à 15 % (dont 7 % pour le taux de base + 8 % pour le taux de risque) et la période de financement est de 15 ans.

Les bénéfices de 1 M $ actualisés à un taux de 15 % durant 15 ans donnent une valeur maximum de l'entreprise de 5,8 millions de dollars.

Si des négociations ont lieu et que nous désirons déterminer la valeur médiane et la valeur minimum, nous ajoutons 1 % au taux de rendement pour obtenir la valeur médiane et un autre 1 % pour la valeur minimum.

Valeurs

  • À 15 %, la valeur maximum est de : 5,8 millions $.
  • À 16 %, la valeur médiane est de : 5,6 millions $.
  • À 17 %, la valeur minimum est de : 5,3 millions $.

Test

Afin de s'assurer que la valeur de l'entreprise qui vient d'être évaluée est exacte, il serait bon de la vérifier.

Le test consiste à calculer le coût du financement (intérêt et capital) des valeurs établies en prenant, par exemple, un coût de financement de 10 %.

  • Pour une valeur de 5,8 M$, le coût de financement est de : 763 000 $ par année.
  • Pour une valeur de 5,6 M$, le coût de financement est de : 736 000 $ par année.
  • Pour une valeur de 5,3 M$, le coût de financement est de : 697 000 $ par année.

Les coûts de financement sont tous inférieurs aux bénéfices prévus avant intérêt et amortissement (1 M$). Ce qui confirme que les valeurs établies sont sécuritaires. D'un autre côté, il est à noter que plus la valeur est élevée, plus le coût de financement augmente et plus le risque s'accroît par rapport aux bénéfices prévus (1 M$).

Conclusion

Déterminer la valeur d'une entreprise ne constitue pas une tâche facile. Cette tâche s'avère encore plus difficile si nous ne disposons pas d'une méthode adéquate.

La méthode décrite dans cet article représente un guide valable pour donner une valeur à une entreprise. Il peut y en avoir d'autres plus complexes ou plus simples. Même, il peut être préférable d'utiliser d'autres méthodes pour confirmer ou infirmer les résultats obtenus.

La méthode proposée a le mérite de s'appuyer sur des bases concrètes, facilement compréhensibles et utilisables. De plus, elle a le mérite de couvrir les différentes dimensions d'une entreprise et d'en constituer un dénominateur commun acceptable par le vendeur et par l'acheteur.

Commentaires

Certains utilisent la méthode simple et rapide suivante : les bénéfices divisés par le taux de rendement.

En prenant l'exemple présenté dans l'article, soit 1 000 000 $ divisés par 15 %, on obtient une valeur de 6,7 millions $ au lieu de 5,8 millions $, soit un montant supérieur de 900 000 $ ou 16 % !

Avec cette méthode simple et rapide, dans le cas d'un achat, on risque de payer trop cher une entreprise et, dans le cas d'une vente, on risque de ne pas trouver d'acheteur !

De plus, le fait de diviser les bénéfices par le taux de rendement équivaut à considérer la durée économique comme étant infinie ! Ce qui n'est pas réaliste.

Articles connexes

Liens externes

Collaborateurs

Jplaberge

Traduction

Article à traduire en anglais.


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